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MouvementS n°6 – « Turbulences Impériales, Répliques Sociales »

Retour à l’anormal

Au début de la pandémie, nous avons vu fleurir les appels, plus ou moins radicaux, à ne pas revenir à « l’anormal ». La pandémie a en effet mis en lumière la nature profondément meurtrière de notre système économique. La maladie se nourrit des inégalités qui définissent notre société. En miroir, la crise du COVID 19 a mis en évidence le rôle essentiel de la protection sociale et de la solidarité. C’est dans ce reflet que l’on a voulu voir la société post-covid. Elle a montré l’aspect non seulement collectif mais mondial de la santé de chacun.e. Elle a remis au centre des préoccupations le droit à la santé au travail, les services publics et les travailleuses essentielles. Les choix draconiens décidés en quelques jours ont montré que la marche de notre société est toujours un choix politique, qui peut être renversé.

C’est possible, mais ça ne se fera pas tout seul. En effet, notre numéro international nous confronte a un tour d’horizon peu enthousiasmant. Non seulement l’anormal est de retour, mais il est de plus en plus clair que la pandémie suscite plus la stratégie du choc que le signal d’alarme salvateur. Dans un contexte donné, un rapport de force donné, elle a accéléré le déséquilibre au profit des tenants de l’individualisme, de la course au profit, de l’exploitation des humains et de la nature qui se nourrit de la peur, du racisme et de l’oppression.

Il est encore trop tôt pour tirer des bilans des effets d’une pandémie qui reste d’actualité à l’échelle mondiale, mais nous pouvons en tout cas constater que le « retour de l’Etat » n’a pas été significatif sur le plan des politiques sociales et des services publics, bien au contraire. Quant au patronat, il ne lâche rien : la FEB chantonne déjà la musique des sauts d’index, alors que le coût de la vie explose pour la majorité du monde du travail et des classes populaires. Dans la société, l’insatisfaction grandit. Comme nous l’entendions récemment dans une de nos animations : la société capitaliste n’offre pas de perspectives et en face il n’y a plus de projet d’ensemble qui soit porteur, à une large échelle. Pour le mouvement ouvrier, cette donnée consiste en un défi majeur pour le futur immédiat. Dans ce projet à reconstruire, il doit être clair pour nous tou.te.s que l’internationalisme, la solidarité internationale par en-bas, doivent jouer un rôle majeur : les crises sont globalisées et notre tâche est de relier les lieux des répliques sociales face au désordre mondial. Nous avons du pain sur la planche.

Car même si notre camp est, pour l’instant, plus faible et sur la défensive, nous voyons les multiples résistances, les initiatives solidaires un peu partout, les luttes syndicales dans des secteurs qui étaient à peine organisés il y a dix ans, comme les titres-services, les mouvements de masse en Colombie, les cris pour la fin de la hogra au Maroc, pour le droit à la santé de tout.e.s, pour la fin du « blablabla » à Glasgow et ailleurs,… pour toutes celles et ceux-là, il est tous les jours plus clair qu’il n’y a plus d’espace de négociation avec le capitalisme et ses défenseurs. Ils sèment la mort, cultivent ce que l’humanité a de plus brutal et en profitent, à nous de leur opposer la vie, l’échange véritable et la solidarité.

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