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Mouvement n°4 – Gagner nos vies

Thomas Englert
CIEP-MOC

Selon le Fonds Monétaire International l’impact du « grand confinement » – l’arrêt  de l’activité économique dû notamment au confinement d’une grande partie des travailleur.euse.s dans le monde – pourrait  atteindre 9 trillion de dollars (9000 milliards) sur 2020-21. Un chiffre qui donne le tournis, mais surtout qui rappelle que ce sont les travailleuses et les travailleurs qui produisent la richesse : sans nous, ni production, ni profits, ni dividendes.

Pourtant, depuis des décennies, une partie toujours plus grande de la richesse produite est accaparée par les actionnaires et les capitalistes. Au nom de la lutte contre le chômage, patrons et gouvernements continuent d’imposer la diminution des salaires, l’allongement du temps de travail et la « flexibilisation » tout en démantelant la Sécu et en distribuant des subventions aux entreprises qui finissent directement dans la poche des détenteurs du capital.

Alors que le nouvel accord interprofessionnel (AIP) confirme que ni les travailleur.euse.s qui ont risqué leur santé ni celles et ceux qui ont souffert le plus pendant la pandémie ne seront récompensés et que les plans de relance ne saisissent pas l’occasion de suivre une nouvel voie, vers une société plus juste, plus démocratique et plus écologique, nous avons voulu poser la question du salaire, de la rétribution du travail et de la distribution de la richesse produite.

Le constat est dur. Au cœur de l’économie, les travailleur.euse.s voient leurs salaires, leurs conditions de travail et leur protection fondre toujours plus vite. En première ligne, les secteurs à majorité féminine sont sacrifiés et rétribués bien en-deçà d’une existence digne. En parallèle, celles et ceux que le marché du travail exclut, les racisé.e.s, les jeunes, les immigré.e.s avec et sans-papiers, évoluent dans une réalité où le travail stable, avec une sécurité sociale protectrice semble relever désormais de l’ordre du rêve ou du fantasme, voire d’un piège coincé entre contrôle et précarité.

Pourtant les travailleuses et les travailleurs ne demandent pas la lune, contrairement aux « stupidités » des millionnaires : se vêtir et se loger décemment, manger à sa faim, l’éducation, la santé et la protection contre les aléas de la vie, du temps pour le repos et le loisir,… ce n’est donc pas une question d’argent mais de justice, de dignité et de vie. Lutter pour un revenu décent, une augmentation, la réduction du temps de travail, c’est lutter pour gagner nos vies, gagner « la » vie, gagner une société où on produit pour répondre aux besoins des gens en respectant la nature, plutôt que pour l’avidité sans fin des actionnaires. C’est dans l’articulation des luttes des marges pour un revenu digne et celles des travailleur.euse.s pour défendre (et reconstruire) leurs emplois stables et la Sécu que nous voulons contribuer à construire le rapport de forces face aux détenteurs du capital et à des gouvernements qui n’offrent pas de cadeaux.